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Jeudi 12 Octobre 2006

Article paru sur le Quotidien d’Oran d’aujourd’hui

 

 

Le  12/ 10/2006

 

 

 

 

«Nous avons besoin de vous !»

 

 

 

 

 

Ahmed Saïfi Benziane

 

 

 

 

 

A chaque cérémonie tournante d’ouverture de l’année universitaire, le président de la République exprime le voeu de voir le corps enseignant s’impliquer un peu plus dans la vie du pays.

 

 

Déjà que ces cérémonies se confondent avec les visites folkloriques que les autorités locales se croient obligées d’organiser. Une chorale enfantine dans chaque wilaya est censée accueillir le chef de l’Etat pour «glorifier son oeuvre» à l’image de ce qui se passait dans les anciennes républiques de l’ancien bloc socialiste. Infantile. Déjà que les usages protocolaires tardent à se réformer dans un pays qui peine à se démarquer vainement des pratiques des autres pouvoirs africains rongés par le culte de la personnalité. Comment ainsi le corps des enseignants, estimant qu’il est sous-rémunéré, méprisé, confronté à des problèmes sociaux, précarisant, peut-il s’impliquer, en dehors de sa mission d’enseignement dont il s’acquitte tant bien que mal? Et plutôt mal que bien. Lorsqu’on sait que la recherche scientifique se mesure par la consommation des budgets alloués aux équipes de recherches et non plus par la capacité de contribution au développement, dans un pays qui a appris à importer jusqu’à ses produits les plus facilement productibles, il n’est nul besoin de rappeler que le voeu du Président restera au plus, pieu.

 

 

Dans les faits, le monde universitaire, dans sa globalité et malgré les investissements colossaux qu’il a coûté au pays, mérite plus qu’un voeu. Il mérite une révision totale de ses orientations et une prise en charge sérieuse des infrastructures et des programmes aussi bien d’enseignement que de recherche. Au plan des infrastructures, on n’arrive pas à comprendre que les coûts de réalisation doivent impérativement s’accompagner de coûts de maintenance selon des normes de conservation durable. Réaliser c’est bien, maintenir durablement c’est mieux. L’exemple des résidences universitaires dégradées au terme de quelques années de fonctionnement seulement, rendant des bâtiments entiers obsolètes et la programmation de nouvelles résidences à réaliser, au lieu de réparer et de maintenir, n’est-il pas pure dépense inutile? Voire condamnable? Les nombreuses contestations des étudiants résidents, quant à leurs conditions de restauration et d’hébergement sont un signe d’une gestion aléatoire des biens publics. Comment remplir de sciences des têtes portées par des corps sans hygiène corporelle, se battant pour arriver les premiers au restaurant universitaire et en repartir une gamelle dans la main droite, un millefeuille dans la main gauche et une baguette de pain rassis sous chaque aisselle.

 

 

Que reste-t-il après cela comme énergie pour se concentrer sur un cours et l’assimiler? Que peuvent les gestionnaires en l’absence de crédits consistants et de contrôle de leurs gestions? L’autre exemple d’établissements d’enseignement acquérant des équipements très chers et les laissant inopérants dans des caisses rongées par des mites, alors que leurs importations ont nécessité du temps et de l’argent puisé dans les poches du contribuable, n’est-il pas signe d’une inconscience généralisée? Lorsque les équipes de recherche voulant s’appuyer sur une demande nationale se retrouvent à tourner en rond entre un marché orienté vers les ports et les aéroports et une impatience qui n’est compensée que par les primes de recherche, pouvons-nous dire que l’Etat a besoin des universités? Sauf à dire que nous en avons, nous aussi. Comme tout le monde. Au quotidien on ne peut plus dire que l’Etat a besoin des universités, mais plutôt, pour le moment, que l’université a grand besoin d’un l’Etat. Elle a besoin que le regard porté par les politiques sur le savoir change. Que ce savoir prenne la place qu’il mérite dans l’arsenal juridique et politique, loin de toute démagogie et de tout populisme propres aux discours assourdissants lancés depuis des tribunes de circonstance à une foule qui refuse d’entendre éternellement les mêmes redondances plaintives, désespérantes. L’université a besoin de produire des cadres performants qui se réaliseront dans leur pays et dont l’unique rêve n’est pas celui de partir sans retour, parce qu’ils n’auront pas trouvé une place au soleil dont regorge l’Algérie, forte d’un territoire capable d’abriter dix fois la population actuelle. Une Algérie capable de coopérer sur le plan scientifique avec les pays développés sur des créneaux orientés vers ses propres besoins d’abord, sur les besoins de la région ensuite et sur le continent africain enfin. Par segments. Comme cela apparaissait dans les anciens textes fondateurs de ce pays. Comme cela ressort des recommandations concluant des rencontres de façade. Elle a besoin que le savoir ne soit pas déplacé d’une institution reconnue dans tous les pays comme temple de la connaissance et de la pensée vers des espaces archaïques en voie de réémergence à coups de subventions fortes par calcul politicien. Ces mêmes espaces qui se sont reconnus dans tous les régimes défilant à la tête de l’Etat, y compris le régime colonial pour certains et depuis la Deuxième Guerre mondiale déjà. Que chaque espace conserve ses limites en dehors de la manipulation politique, source de corruption des institutions et cause de la décrépitude de l’Etat. L’Université doit bénéficier de la plus grande attention particulièrement après dix années de fragilisation qui ont failli provoquer sa fermeture pour toujours. Elle doit bénéficier d’une place particulière, traduite par un statut particulier qui valorise l’enseignant dans sa carrière et le sécurise pour pouvoir ensuite lui imposer le passage par une grille d’évaluation de ses compétences. A ce moment-là, on aura le loisir du choix entre le bon et le moins bon enseignant et de fait, permettre à l’enseignement supérieur d’évoluer vers l’exigence de la qualité.

 

 

A la prime de recherche de ne plus être un simple complément de salaire sans contrepartie. A l’enseignant de ne plus devoir sortir de l’université pour faire tourner une boutique, lui permettant de boucler les fins de mois, de ne plus se prostituer. De ne plus se déclarer en grève parce qu’il a besoin de temps à consacrer à un commerce. Lorsque le Président déclare «nous avons besoin de vous», il devrait définir le «nous» et le «vous», ainsi que le pourquoi de cette sollicitation, des années après le départ de bon nombre d’enseignants et de chercheurs vers des paradis occidentaux qui leur ont offert d’abord et avant tout la possibilité de se réaliser professionnellement. Ensuite d’avoir accès aux banalités de la vie qui vont avec. Plutôt que de flatter leur ego. Arrêtons alors de dire et commençons par faire. L’urgence est déjà là... depuis longtemps.

 

 

 

 

 

 

Voila une partie de mon quotidien et de mon combat. La réalité  sur le terrain est encore plus amère !

 

 

Algérienne !

 

 

 

 

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